Hellboy

J’ai revu hier soir Hellboy.

Bon, dit comme ça, ça n’est pas très impressionant.

Mais … J’ai également lu plusieurs fois les comics dont ce film est tiré (j’ai d’ailleurs acheté le premier tome suite à un premier visionage de ce film). Et si j’avais donné mon avis sur Goodreads suite à cette première lecture, je crois que le film mérite deux ou trois mots.

D’abord (et à mon avis ça compte pas mal) visuellement : comment recréer le style incroyable de Mignolia au cinéma ? C’est impossible. Donc le réalisateur n’essaye pas trop (sauf dans un plan nous montrant les neuf qui sont un). Et il a raison, puisque l’ambiance est visuellement très différente, mais pas inintéressante … Pas inintéressante, mais pas suffisante pour rendre le film inoubliable.

Ensuite, il y a le casting. Ron Perlman qui cabotine pour donner un Hellboy peut-être un peu caricatural n’est pas mauvais du tout dans le genre bougon, mais je crains qu’il manque d’une certaine forme de finesse au moment de faire le choix qui va détruire le monde … ou pas. C’est dommage, parce qu’il est correctement massif, mais ne présente peut-être pas la bonne … faille. Dans le reste du casting, l’agent Myers qui n’est pas dans les comics est un ajout sympathique, une espèce de témoin d’humanité au milieu de la folie du BRPD qui nous relie un peu à ces marginaux. Et puis Liz Sherman … est aussi brillante qu’il le faut. Quant aux méchants, je trouve Raspoutine toujours aussi difficilement perceptible (au sens où ses motivations apocalyptiques sont totallement incompréhensibles), mais l’acteur le rend aussi inhumainement méchant qu’il est nécessaire. Et sa comparse Ilsa Haupstein est également bien campée. Bref, tout ça tourne bien … sauf pour la faute d’intelligence qu’est le chef du BRPD : lâche politicard quand Hellboy est une quête philosophique, il ramène des préoccupations bien trop prosaïques pour être utiles.

Parce qu’en vrai, le secret de cette oeuvre aussi bien au cinéma qu’en comics, c’est que c’est une oeuvre sur la réalisation de soi, quand bien même ça va à l’encontre de ce que veut l’univers. Le courage, c’est parfois refuser. Et ça, quel que soit le média, c’est le coeur de cette oeuvre, et il est bien passé hier soir.

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Art et science sont-ils miscibles ?

Cette question pas si simple a été posée par Robin sur PodcastScience il y a quelques semaines.

Plus exactement, il disait que l’art et la vulgarisation scientifique avaient des buts contraires. Parce que si la vulgarisation cherche à expliquer simplement une idée complexe, l’objectif d e l’art est tout autre. Et si j’utilise le terme de vulgarisation, c’est à dessein : je n’ai personnellement rien contre (mais je m’éloigne un peu du sujet).

Personnellement, je ne crois pas que les buts en soient si éloignés. Parce que l’art, dans la plupart des cas, est avant tout un appel à l’existence de la part de l’artiste, une création qui n’existe pas forcément pour transmettre une information, mais plus pour créer.

Seulement cette création, cette incarnation d’une idée, a toujours besoin de moyens, de supports. Et ces supports sont des objets, et ont souvent utilisé des techniques de leur temps.

L’exemple le plus classique est éventuellement celui de l’incursion des mathématiques dans la peinture, avec l’apparition de la perspective à la renaissance.

Mais d’autres exemples sont plus intéressants, et devraient toucher plus Robin. J’en ai très particulier en tête : l’oeuvre de Greg Egan, et en particulier ses recueils de nouvelles Axiomatique , Océanique ou Radieux. Il me semble qu’on trouve dans chacun de ces recueils au moins une nouvelle dont le sujet est la manière dont les mathématiques sont, en un sens, un acte de création de l’univers.

On pourrait y ajouter évidement tous ces films de science-fiction à dominante très scientifique, comme par exemple Interstellar, où la science n’est pas seulement un décor aux aventures des héros.

Bref, dire que l’art et la science ne sont pas miscibles me paraît, au mieux, une exagération. En revanche, effectivement, la vulgarisation, elle ne peut que difficilement s’appuyer sur l’art.

Solange te parle bizarrement, et te l’explique (et c’est chouette)

Ca va faire monomaniaque, je sais, mais je vais vous reparler de Solange te parle (regardez le premier article que j’ai écrit sur son sujet), et en particulier de sa vidéo « Pourquoi tu parles bizarre »

Regardez-la un peu, histoire de comprendre …

Donc, cette vidéo m’a fait très plaisir, en partie parce qu’elle y explique des choses que j’avais ressenti, mais surtout parce que c’est très rare qu’un créateur artistique nous explique d’une façon aussi précise sa démarche artistique. Une démarche particulièrement fascinante, je trouve.

Il y a cependant un truc qu’elle ne dit pas, et que je vais donc écrire (parce que j’aime ça). Mon vieux pote Yann Minh m’a suffisement seriné avec Marshall McLuhan pour que je puisse ressortir la citation clé ici :

Le message, c’est le médium

Bon, dit comme ça, ça ne ressemble à rien … mais Yann a fourni la clé : le message, ça n’est pas le contenu porté par le médium lui-même, mais le médium proprement dit. Autrement dit, quand Solange te parle, ça n’est pas ce qu’elle dit qui compte, mais le fait que ce soit elle qui le dit (ce qu’elle dit d’ailleurs dans cette vidéo). Et c’est le fait qu’elle parle, l’émotion qu’elle livre, sa personne, ses mouvements, ses cheveux même, qui font tout l’intérêt de la dite vidéo.

Et c’est pour ça que j’aime beaucoup cette vidéo : elle dit avec ses mots, avec son style, à la fois pourquoi j’aime son travail (parce que je continue à ne pas appréhender complètement l’univers dont elle me parle). Autrement dit, c’était déja bien, et ça s’améliore encore. Tant mieux !

Solange te parle, et ça te fait plaisir

Et quand elle t’écrit, c’est encore mieux.

Je trouve cette … indesriptible … fascinante : elle m’ouvre un monde d’hésitation et d’introspection qui m’est inconnu, aussi bien dans ses vidéos, dans ses tweets (genre même ses tweets sont de l’art), que dans ses fascinantes séries audio, l’une des meilleures étant à mon avis Solange pénètre la vie intime des femmes (au sujet assez évident) dont le traitement est incroyable de finesse.

Et je découvre donc aujourd’hui qu’elle a un blog (nommé de façon très imaginative Solange te parle) rencensant toutes ces interventions. Chouette !

Vous allez me dire que c’est à la limite du loupé ? Alors vous n’avez pas compris, je crois.

Par ses hésitations, par ses loupés, par ses silences, par ses cadrages, et même par ses mouvements, elle m’ouvre à un monde que je n’arrive pas à pénétrer, un monde que je suis d’ailleurs bien en peine de nommer ou de décrire directement. C’est le genre d’expérience qui me fait comprendre la fameuse citation, enfin, le truisme qui dit que l’art n’offre pas des réponses, seulement des questions. Je n’hésiterai pas à écrire ici que j’aime les questions qu’elle me pose.

Pour l’anecdote, je l’ai découverte grâce à ce tweet de Monsieur Poulpe

(ah bravo internet : grâce à leur passage dans Arrêt sur Images, j’ai bien du mal à le retrouver). Bon c’était pas précisément celui-là, mais vous voyez l’idée. Et oui, Monsieur Poulpe est chouette … dans un style différent (son meilleur rôle doit être DarkAngel64)

Randall Munroe est un génie

Et c’est normal qu’un astéroïde porte son nom. D’ailleurs, en lisant son blog, j’ai découvert sa série Time, pour laquelle la visionneuse très pratique nous permet de découvrir une histoire d’une poésie évidente. Le wiki sur le même sujet vaut égalemen le détour, tant il est riche de sous-culture web. C’est justement ça qui me […]

[sf-info] Moebius Redux sur Arte hier soir

Tiens je l’ai vu hier soir sur Arte, effectivement, et c’était très très très bien.
On y apprend par exemple que « La déchirure » fait partie pour Jean Giraud de ses meilleures oeuvres, ou qu’Alien (le film) n’a été fait que parce que Dan O’Bannon était désespéré de ne pas pouvoir faire Dune avec Moebius/Jodorowski (qui, eux, ont fait l’Incal à la suite de cet échec).
On y découvre aussi que Mike Mignolia (l’auteur de Hellboy) trouve le mode de fonctionnement commercial hyper-formatté des comics US particulièrement frustrant, chose avec laquelle je suis globalement d’accord.
Bref, c’était trééééés bien.
———- Forwarded message ———-
From: Michel Borderie
Date: 2012/3/14
Subject: [sf-info] Moebius Redux sur Arte ce soir
To: sf-info@yahoogroupes.fr

Pour ceux qui ne l’on pas vu, ce soir ARTE rediffuse à 22h 25 le documentaire Allemand MOEBIUS REDUX ! (passé en salle aux Utopiales d’ailleurs).

Un documentaire absolument remarquable !

Google Art Project

Dans les multiples initiatives de Google, certaines sont des bonnes idées, d'autres non.
A mon avis, Google Art Project est une bonne idée. Et pour une raison bien simple : elle nous permet d'aller dans des musées où peu d'entre nous mettront les pieds, pour voir des oeuvres qui font pourtant clairement partie du patrimoine de l'humanité, mais qui nous sont hélas difficilement accessibles. Difficilement accessibles parce que, permettez-moi de vous le dire, la reproduction papier de tableaux de maître me donne à chaque fois l'impression de regarder un film Full HD sur un iPod nano : on ne peut pas mettre son nez sur les pigments. Et ça, dans les cas des chefs d'oeuvres classiques, ça peut être très utile pour capturer les détails les plus subtils des oeuvres classiques, ou pour admirer les effets de matières des peintres plus modernes. Bon, évidement, on ne peut pas "voir" les effets de matière déborder de l'épaisseur de l'écran, ce qui est bien dommage. mais en mettant son nez virtuel sur ce tableau virtuel, on peut néanmoins en avoir une assez bonne idée.
On pourra également reprocher à cette initiative deux choses :
  1. D'abord, que le nombre de musées représentés soit assez faible.
  2. Ensuite, et dans le même ordre d'idée, que le nombre d'oeuvres visibles pour chaque musée soit également assez faible.
Cela dit, je prends personnellement ça comme un bon début, qui ne demande qu'à continuer.
Ce que je trouve en revanche plus étrange, c'est que "le plus grand musée du monde" ne soit pas représenté. Mais alors pas du tout. notez bien que d'après certaines sources, ce serait lié à des discussions infructueuses. j'imagine sans mal que le sujet de ces discussions, comme ce fut le cas il y a quelques années pour Google Books et la bibliothèque nationale de France, n'était pas le choix des oeuvres, mais la rétribution des musées … Et là, pour le coup, ça commence à vraiment m'énerver, cette façon typiquement française, à mon sens, de se croire propriétaire de l'image d'une oeuvre juste parce qu'on est propriétaire de l'oeuvre. Je trouve en fait (et il ne s'agit là que d'une interprétation personnelle) que cette attitude ressemble furieusement à celle des collectionneurs privés emmurant les oeuvres dans leur cave. Est-ce la mission des musées que d'empêcher la diffusion de la Culture ? Je ne crois pas.
Est-ce du coup une attitude défendable pour la BNF hier, pour le Louvre aujourd'hui, de refuser que Google (ou un autre) fasse une copie fidéle, et honorant l'original, pour la rendre disponible gratuitement au monde entier ? Je ne crois pas non plus.
Bien sûr, Google est une entreprise marchande visant à mémoriser tout le savoir de notre planète.
Cela dit, un bon partenariat pourrait par exemple consister à ce que Google paye les couts de numérisation, et que le musée récupère une copie du fichier. Non ?
Bah, de toute façon, tout ça, pour reprendre une antienne chére à JM Billaut, ça vient de l'incompréhension totale de nos élites gauloises pour le web. Vivement que ça change, parce que tant que ça ne sera pas le cas, la France restera la cambrousse du web.

Sexe, art et mauvais goût

Bon, c'est pas tous les jours que je parle de sexe. Mais c'est Vendredi, c'est permis … Ah non, pardon, c'est Lundi, mais c'est permis aujourd'hui, parce que le sexe, c'est la vie.
Sur son excellent, formidable, magnifique, et très documenté, blog, Agnés Girard a retracé dernièrement une petite histoire des oeuvres pas forcément de bon goût et mêlant art et sexe (sinon, quel aurait été l'intérêt de ce titre ?).
Ca n'est pas forcément de bon goût (c'est même parfois d'assez, voire de terriblement, mauvais goût). Je ne vous ferais pas l'insulte de vous expliquer à quoi ça sert, puisqu'après tout, c'est censé être de l'art, et n'avoir donc théoriquement aucun autre but que de permettre à l'artiste d'échapper à sa condition mortelle. Cela dit, je trouve ce catalogue de mauvais goût assez interpellant. Suffisamment, en tout cas, pour mériter de vous en parler. Maintenant, en ce qui concerne les interprétations, je vous laisse seul juge … avec néanmoins un avertissement digne d'un syllogisme grec : la seule interprétation d'une oeuvre d'art qui ne tienne pas et n'ait aucun intérêt est, évidement, celle de l'artiste.