La singularité rend les prévisions impossibles

Bon, accrochez-vous, c'est du concept.
Il y a bien des siècles, l'histoire évoluait lentement.
Et il pouvait arriver qu'un homme, Léonard de Vinci, dispose de toutes les connaissances de son époque, peu ou prou (et s'en serve pour se faire passer pour un grand inventeur, alors qu'il n'était qu'un peintre génial, ou alors c'est que ses inventions n'étaient pas en phase avec son époque, peut-être). Il me semble même qu'un phisolophe de l'époque avait donné un nom à cet honnête homme.
Bien des années plus tard, malgré l'invention de l'imprimerie, il était encore possible d'avoir un aperçu satisfaisant des innovations du moment, mais ça devenait de plus en plus dur. Tellement, même qu'on a forgé un mot pour ces génies universels. Polymathe. C'est laid, hein ? Enfin bon, le but n'est pas de discerner la beauté intrinséque d'un mot, mais plutôt, comme toujours, d'étiqueter quelque chose.
Donc, depuis la renaissance, la science a progressé, les révolutions industrielles ont accéléré. Bon, une timeline de ces différentes révolutions aurait pu m'aider, cela dit, c'est pas grave, on va s'en passer. Je vais juste vous dire qu'on peut considérer comme admis que la science et la technologie sont en pleine accélération. une accélération vers un point qu'on appelle la singularité technologique (concept popularisé par l'excellent Vernor Vinge, dont j'ai lu deux livres excellents : Un feu sur l'abîme et Au tréfonds du ciel), au-dela duquel le progrès ne sera plus l'oeuvre de l'Homme, mais celle d'IAs auto-apprenantes, et surtout auto-modifiables.
Le mot "singularité" est en soi intéressant, car dans un autre domaine, il désigne depuis bien longtemps le trou noir, une singularité gravitationnelle auprès de laquelle la plupart des règles newtoniennes sont bousculées par le champ gravitationnel.
De la même manière, (et maintenant, vous rentrez dans le domaine de mes spéculations), au voisinnage de la singularité technologique, les règles sociales commencent à se déliter. Par exemple, l'honnête homme a disparu il y a bien longtemps pour être remplacé par des hyper-spécialistes : je ne suis ainsi pas un "simple" développeur, mais plutôt un expert Java à tendances Swing marquées. Et si vous ouvrez la porte d'un laboratoire, vous ne trouverez plus de mathématiciens génériques, de médecins polyvalents, ou même de géologues tout-terrain, mais des spécialistes de domaines qui se subdivisent d'une façon tout-à-fait fractale. C'est normal. ou tout au moins on prétend que ça l'est, en expliquant que, plus le territoire connu de la science s'étend, plus ses frontières s'étendent avec lui. Et pas comme les frontières africaines, dessinées au cordeau par des traités. Plus comme des frontières maritimes … pensez à la Bretagne et à ses côtes fractales. Les frontières des connaissances humaines sont ainsi faites : fractales. il est donc possible d'étudier un domaine scientique très riche, c'est-à-dire de dimension fractale très importante, mais d'une taille très réduite par rapport à la somme des connaissances humaines (pensez par exemple à l'étude des gonflements du béton – au passage, un petit bonjour à Jean-François Seignol, vibreur de béton amoureux de la pénétration).
Donc, plus la science s'étend, plus il est difficile d'en distinguer les frontières, et de suivre leur évolution. Parce que chaque jour, des chercheurs cherchent, et parfois étendent les frontières de nos connaissances. Des chercheurs qui ne sont parfois pas vraiment publiés. Des chercheurs qui n'en sont d'ailleurs parfois pas vraiment. Et surtout, des chercheurs qui cherchent dans des zones de plus en plus minuscules, parce que le reste du monde avance également, et les force à se spécialiser. Il arrivera donc un moment, cette singularité, où, quelque soit le sujet, il ne sera plus possible à un homme de savoir si il découvre réellement, ou si il se contente de redécouvrir le fil à couper le beurre. Un moment qui, à mon avis, commence à être assez proche.
Et malgré tout cela, on trouve encore des gens qui font des prévisions.
Alors même que notre méthode prédictive correspond, dans mon analogie astrophysique, précisément à deviner la trajectoire d'une boule de billard. Seulement, voilà, la boule ne roule plus maintenant sur un tapis plat, mais sur une surface remplie de creux et de bosses (qu'Anselme Lanturlu – dont je retrouverai bien les histoires pour mes enfants, tiens … ici, par exemple -explora jadis).
Notez bien que je n'interdis pas la prospective, hein, je commence juste à considérer que c'est une activité qui perd de son sens, avec les déformations subies par notre "espace social" à l'approche de cette singularité.
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2 réflexions sur “La singularité rend les prévisions impossibles

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